À la manifestation pour les jardins d’Aubervilliers ce samedi matin

À la manifestation pour les jardins d’Aubervilliers ce samedi matin.

Outre que les JO représentent un énorme gaspillage à la gloire des marques, du « plus haut, plus vite, plus fort », ils ont des conséquences en matière environnementale. Bon, il y avait les pro et les anti-JO, mais pas que visiblement si l’on en croit Le parisien … Ce fut une grande et belle manifestation en ce samedi matin 17 avril 2021. Conscients des résultats concrets en termes de bétonnage des JO à Paris et en Seine-Saint-Denis, nous y étions. Nous n’avons pu assister à la fin : le gouvernement ayant fait fermer les cafés et … leurs toilettes, bien utiles en ville, et nous avons dû nous replier chez nous.

Le reportage de Reporterre sur la manifestation de samedi :

 « Les jardins ouvriers d’Aubervilliers menacés par les Jeux olympiques

La troisième vague d’actions contre la réintoxication du monde est passée samedi en Seine-Saint-Denis, dans la ville d’Aubervilliers où un millier de personnes étaient mobilisées pour la sauvegarde de jardins condamnés à être remplacés par un centre aquatique pour les JO 2024

« Des potirons pas du béton ! » Derrière ce slogan, le millier de manifestants de la marche allant de la mairie jusqu’aux « jardins ouvriers des vertus » sont venus montrer que cette lutte implique davantage que les dix-neuf parcelles de jardins menacées par le rouleau-compresseur des Jeux olympiques Paris 2024. Samedi 17 avril, le collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, Saccage 2024 et Youth For Climate IDF ont fédéré des sympathisants venus exprimer leur rejet de cette nouvelle bétonisation orchestrée par Grand Paris Aménagement (GPA) et la Ville d’Aubervilliers au nom de l’olympisme. Car les raisons de la colère ont eu le temps de germer… « En septembre 2020, nous avons appris que l’ancienne maire d’Aubervilliers (Meriem Derkaoui — PCF, NDLR) avait signé rapidement, avant son départ, le lancement des travaux de la piscine et qu’une partie des jardins allait être détruite », explique Alan, qui cultive une parcelle avec son frère. « Ensuite, des options sont apparues : un restaurant, un solarium, des immeubles… » Ce projet colossal, mené par le groupe de BTP Spie Batignolles et coûtant la bagatelle de 33,6 millions d’euros, comprendra plusieurs bassins, un espace de fitness et de cardio-training, des saunas et hammams, un solarium… et des espaces végétalisés (sic).

Le coût de ce projet et de ses équipements énergivores inquiète aussi le collectif de défense des jardins ouvriers d’Aubervilliers, tant pour la municipalité, qui en aura la charge après les JO, que pour le futur prix d’entrée : entre 10 et 15 euros, estiment les jardiniers. « On nous parle emplois et on nous traite de méchants écolos qui voudraient priver les Aubervillois d’une belle piscine », déplore Sylvie, jardinière et dessinatrice qui croque la vie des jardins. « Les jardins forment un lien social énorme à Aubervilliers et la plupart des familles qui cultivent ici des parcelles sont modestes. Cela représente un apport parfois vital pour elles. De beaux légumes bio y poussent, des familles n’auraient pas les moyens de se les payer dans le commerce. »

Si la future présence d’une piscine moderne peut sembler bénéfique à l’attractivité de la ville — qui n’en possède qu’une —, c’est davantage le centre nautique (dont la livraison est prévue à l’été 2023) dans son ensemble qui cristallise la contestation. « Nous n’avons rien contre les piscines, au contraire, mais qu’ils la placent sur le parking sans détruire nos jardins », continue Sylvie.

Le solarium est l’élément du projet qui fédère le plus la colère des riverains, tant il semble éloigné de leurs besoins et préoccupations. Un projet plus limité permettrait, selon les contestataires, de ne pas sacrifier leurs parcelles, bien que seul un hectare soit menacé, sur un total de sept. « Cette zone est un poumon en ville qui profite à chacun. C’est un lieu âgé avec une histoire, une sédimentation et des arbres fruitiers de cinquante ans qui vont passer à la tronçonneuse », explique Alan. Bien que certains arbres seront déracinés et replantés à proximité, cette bétonisation des sols pose question au vu de l’accord passé en mai 2016 entre Paris 2024 et la WWF pour « des jeux durables et une ambition environnementale ». Une quarantaine d’arbres ont déjà été abattus sur le parking voisin et les premières pelleteuses sont apparues. Pour faire face, les contestataires — forts du succès de la mobilisation et d’une pétition signée par plus de 60 000 personnes — comptent multiplier les actions. Samedi, un slogan a émergé : établir des JAD (Jardins À Défendre) ! Le temps presse : les premières destructions sont prévues fin avril. »



Suivi de l’artcle du parisien.fr. du 18 avril 2021 :

« Centre aquatique à Aubervilliers : l’unité contre la «bétonisation» des jardins ouvriers se fissure

Les actions se multiplient contre le futur bassin d’entraînement prévu pour les JO 2024. Tous les jardiniers ne sont pas d’accord sur la façon de protéger leurs potagers. Des tensions sont apparues ce samedi à l’entrée des parcelles, en marge de la manifestation.

(Photo : Aubervilliers, samedi 17 avril 2021. Plusieurs centaines de personnes ont défilé pour demander la préservation des jardins ouvriers des Vertus, au fort d’Aubervilliers. LP/Claire Guédon )

Par Claire Guédon 

« Là-bas, aux jardins, il y a la terre et il y a les gens. J’ai semé les batavias de Luca, je me suis occupée des choux d’Elise, j’ai donné des graines de roquette à Ugo. On se voit d’un jardin à un autre, on se salue… C’est tout un monde. » Dolores, qui cultive ses légumes depuis mai 2020 au pied du fort d’Aubervilliers, est « arrivée juste quand la lutte a débuté », comme elle le résume. Dans la voix, on devine une petite pointe de regrets de ne pas avoir pu profiter des lieux plus tôt.

Ce samedi, Dolores était aux avant-postes de la manifestation pour la sauvegarde des 2,25 ha des jardins ouvriers des Vertus amputés de 4000 mètres carrés par la construction d’un centre aquatique qui servira de bassin d’entraînement aux JO 2024. Les travaux qui viennent de commencer exacerbent les tensions. « Aucun… Aucun jardin détruit ! », « Grand Paris, fumier ! On va te composter ! » ont résonné dans le défilé.

Un protocole signé avec Grand Paris Aménagement

Les 17 jardiniers touchés par la disparition de leur parcelle ont cependant tous retrouvé une solution, après la signature d’un protocole entre les deux associations qui exploitent une surface totale de sept hectares de potagers (soit 273 occupants) et le propriétaire du site, Grand Paris Aménagement.

Insuffisant aux yeux des manifestants, qui préfèrent « les potirons au béton ». La formule bien ajustée est l’un des étendards sous lesquels plusieurs centaines de personnes ont marché « joyeusement » entre la mairie et le fort.

Fort relais sur les réseaux sociaux

L’appel à la mobilisation pour ce samedi a été fortement relayé sur les réseaux sociaux par de nombreux collectifs et associations comme Extinction rebellion, Youth for Climate Paris ou FNE Ile-de-France, mais aussi des partis politiques tels que EELV et la France insoumise.

« On n’est pas opposé à la piscine en tant que telle. Le problème, c’est la dimension monumentale de l’équipement, avec ses annexes comme le solarium, l’espace fitness qui empiètent sur les parcelles de potager », détaille Denis Ralite. Membre du collectif Sauvons les jardins ouvriers d’Aubervilliers, il avait déposé auprès de la préfecture le parcours de la manifestation de ce samedi, avec l’association de défense de l’environnement MNLE 93.

S’il n’est pas lui-même jardinier, Denis Ralite, qui est le fils de Jack Ralite (PCF), l’ancien maire d’Aubervilliers décédé en 2017, est très attaché à ce qu’il compare à un « écosystème ». « Nous sommes contre la bétonisation. Ici, des gens cultivent leur petit bout de terre pour se nourrir, ajoute-t-il. C’est un poumon vert et c’est cela que nous voulons pour la ville de demain. Il y a moyen de penser différemment le projet et de mettre, par exemple, le solarium en toiture. »

La construction du centre aquatique, validée par la précédente municipalité communiste coûtera 33 millions d’euros, dont 10 millions d’euros pris en charge par la Solideo, la Société de livraison des ouvrages olympiques. Mais une deuxième menace pèse dans les années qui viennent sur les jardins des Vertus, liée cette fois à l’aménagement d’une station du Grand Paris Express de la ligne 15 Est. Le chantier devrait toucher environ 5000 mètres carrés dont quelques centaines de mètres carrés pour l’infrastructure définitive de la gare.

« Vous n’avez pas le droit d’entrer ! »

Mais une fois le défilé terminé, des dissensions se font jour entre des jardiniers et les protestataires venus pique-niquer dans les parcelles. « Vous n’avez pas le droit d’entrer ! On est d’accord pour la manifestation mais jusqu’au parking ! » Philippe Fretté et Gérard Muller, président et vice-président de l’association des jardins ouvriers des Vertus, ont tenté vainement de s’opposer à l’irruption dans les parcelles de visiteurs prêts à déballer leur pique-nique, après la marche de soutien. « Il y a trop de monde, ils vont abîmer les jardins », s’inquiète une habitante. Une courte et légère bousculade s’en est suivie, avant l’ouverture en force du portillon au public…

Derrière la grande vague montante de mobilisation, se devinent de petites fêlures entre jeunes et anciens jardiniers, sur la conduite à adopter pour préserver leur havre maraîcher au pied du fort d’Aubervilliers. Et aussi une lassitude face à l’apparition quotidienne de têtes inconnues venues photographier ou déambuler dans les sentiers verdoyants. « C’est devenu un défilé permanent », s’agace Gérard Muller.

« Propriétaires de nos fleurs et de nos fruits, pas de la terre ! »

Alors que des travaux de transplantation d’arbres venaient de commencer, il y a quelques jours, dans le cadre du chantier de la piscine, « on nous a même signalé la présence d’un drone », confie Philippe Fretté. Dans ce climat tendu, il rappelle qu’un accord a été accepté et signé en mars entre sa structure (qui exploitait jusqu’à présent 2,25 hectares), la fédération nationale des jardins familiaux (4,8 hectares à sa charge) et le propriétaire de l’ensemble, Grand Paris Aménagement. « Il faut respecter le vote des jardiniers qui ont accepté le protocole », s’égosille encore Gérard Muller, en ajoutant : « Nous sommes propriétaires de nos fleurs et de nos fruits, pas de la terre ! »

« Le collectif ne fait pas de l’information jusqu’au bout et joue beaucoup sur l’émotionnel », regrette, de son côté, Philippe Fretté. Gérard Muller est également partagé sur les effets de la mobilisation plus engagée que porte la plus jeune génération et qui peut se révéler être « à double tranchant », pour les jardiniers. Il conclut, philosophe : « Mais c’est un peu comme le jour et la nuit, on a besoin des deux. » »

Merci aussi à notre ami Daniel pour ses belles photos de la manifestation

Hèlène Zanier et Pierre Mathon



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